Fer de lance de l’économie planétaire, le pétrole détermine la carte mondiale des énergies. Voué à disparaître dans les prochaines décennies, l’or noir est encore la source de gros bénéfices pour les entreprises.Près de 40% de l’énergie consommée dans le monde en 2005 était du pétrole. Une véritable boulimie énergétique traduite par la volonté des entreprises de faire toujours plus de bénéfices. Mais depuis 20 ans, les stocks ne cessent de s’amenuiser. Pour une majorité d’experts, il ne resterait plus qu’un demi-siècle à attendre avant l’annonce d’une pénurie d’or noir. Pour le moment, les grands groupes pétroliers surfent encore sur la vague du profit.
Ce fut récemment le cas de Total. Auteur d’un bénéfice net de 13,9 milliards d’euros en 2008, La première entreprise de France a progressé de 14% sur l’année. Fière de sa bonne santé, la multinationale s’est dite « confiant dans sa capacité à traverser une crise économique majeure sans remettre en cause sa capacité d’investissement et son développement pour le long terme ». En somme, Total prouve que le pétrole est encore la principale source d’énergie économiquement viable en réalisant le plus gros profit jamais atteint par un groupe français.
Mais comment Total a-t-il réussi à dégager d’aussi gros bénéfices ? « L’environnement de l’industrie pétrolière a été très contrasté en 2008. Au cours de la première partie de l’année, le prix du Brent a augmenté de façon rapide et continue pour atteindre près de 150 dollars le baril en juillet. En moyenne, il s’est établi à 97 dollars le baril sur l’année », expliquait Christophe de Margerie, le Directeur Général de Total, dans un communiqué de presse.
Forer plus profond
Depuis les années 1980, la production de pétrole n’a jamais été aussi haute. Malgré tout, sa situation inquiète. Cause du malaise : le pic de Hubbert. Selon le géologue du même nom, une matière première connaît une croissance jusqu’à un pic de production au-delà duquel elle décroit inéluctablement.
Mais de nombreuses solutions se présentent aux groupes pétroliers pour renouveler les stocks. Pour sa part, la technologie semble réserver encore de belles surprises : « Elle permet de forer plus profond, à 8000 ou 9000 mètres dans le sol, pour atteindre des réservoirs très enfouis. Car on sait aujourd’hui travailler sous des pressions très fortes et des températures très élevées, jusqu’à 250 degrés », explique Patrick Pouyanné, Directeur Stratégie Croissance Recherche de l’Exploitation-Production du groupe Total.
Pour Jean-Marie Chevalier, Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières de l’Université Paris Dauphine, le changement climatique pourrait être à l’origine de nouvelles découvertes : « L’Arctique est en train de s’ouvrir et nous dévoile de nouvelles ressources ». Pour le professeur, l’or noir n’est pas prêt de disparaître : « Il y a dix ans, on disait qu’il nous restait environ 30 ans de pétrole. Aujourd’hui, les experts affirment qu’on en a pour environ 46 ans ! Un progrès technologique a été fait ».
Steven Lambert / DR
Une nouvelle crise du gaz pourrait faire son apparition en mars. Le géant russe Gazprom menace de couper ses vannes vers l’Ukraine. En cause : 400 millions de dollars de dette accumulés par Kiev.La Russie va-t-elle une nouvelle fois priver l’Europe de son gaz ? Mécontent de voir l’Ukraine retarder le règlement de 400 millions de dollars de dette, le groupe Gazprom pourrait de nouveau fermer ses vannes. Une décision qui aurait des répercussions sur l’alimentation en gaz de toute l’Europe.
« Si 400 millions de dollars ne sont pas payés le 7 mars, alors une fois de plus nous allons devoir couper le gaz à l’Ukraine le 8 mars », aurait déclaré Andreï Krouglov, le directeur financier de la société russe, devant le conseil d’administration. Incapable de payer Gazprom à cause d’une santé financière catastrophique, la société ukrainienne des hydrocarbures Naftogaz est déjà à l’origine de la crise de janvier.
Alors comment éviter que l’Europe paye les différents qui lient la Russie et l’Ukraine ? « Les européens et les russes veulent avant tout sécuriser les voies d’approvisionnement. Deux gazoducs sont en projet. L’un passerait sous la mer Baltique et l’autre sous la mer noire. Cela permettrait d’acheminer le gaz vers l’Union européenne sans passer par l’Ukraine », explique Jean-Marie Chevalier.
Quoiqu’il en soit, ces nouvelles tensions dévoilent un peu plus l’aspect géopolitique d’une énergie fossile vouée à disparaître d’ici moins d’un siècle.
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