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Steven LambertCatégorie: ActualitéDescription:
Enquête d'info est un blog dédié à l'actualité par un étudiant journaliste. Les thèmes abordés sont la politique, le sport, la culture. Reportages, critiques, et enquêtes sont au programme. Merci d'être venu.
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La situation politique de la Chine tarde à se décanter avant le début des XXIXème Jeux Olympiques le 8 août 2008. Votée sous la direction de l’ex président du Comité International Olympique Juan Antonio Samaranch le 13 juillet 2001, la désignation de Pékin en tant que ville organisatrice suscite de nombreuses polémiques. La Chine, antre communiste dirigé sous forme de dictature par le président Hu Jintao s’oppose aux valeurs fondamentales du mouvement olympique. Ce dernier repose sur « le respect des principes éthiques fondamentaux universels ». Droits de l’Homme, liberté de la presse, transparence. Autant de termes contraires à un régime dictatorial. Mais pourquoi Pékin 2008 s’apparente à des Jeux pas comme les autres ? Une interrogation qui menace le bon déroulement d’un événement qui prône le rassemblement.
La Chine veut faire des Jeux Olympiques de Pékin 2008 un événement historique. Si l’on prend en compte le contexte, c’est fait. Alors que de nombreuses associations s’indignent du comportement du Pays du Milieu, ce dernier prépare tant bien que mal l’événement sportif de l’année 2008. Connu pour ses nombreux débordements en matière de droits de l’Homme et de liberté, il tente de faire bonne figure devant les yeux du monde entier. Dopage, problème de pollution, économie. Le pays essaye de s’adapter tant bien que mal aux nombreuses normes requises par le CIO. Mais cette façade n’est-elle pas qu’un écran de fumée destiné à couvrir les bévues qui peuvent nuire à l’image d’une Chine en pleine croissance ?
Détention sans procès
En pleine guerre froide, les Jeux Olympiques de Moscou 1980 ont déjà suscité la polémique et l’appel au boycott. Alors que le président du Soviet suprême de l’URSS, Leonid Brejnev, préside la cérémonie d’ouverture des XXIIème Jeux Olympiques d’été, seulement 80 nations sont présentes pour l’événement. Le boycott lancé par les Etats-Unis, pour protester contre l’intervention militaire soviétique en Afghanistan, marque une vive protestation du monde face à l’assimilation des Jeux Olympiques à l’occupation soviétique, icône d’un conflit dégoûtant le monde. Si la Chine n’est pas en guerre, elle bafoue les droits et les règles chères à de nombreuses démocraties. Selon Amnesty International, « les Jeux semblent servir d’accélérateur pour étendre le recours à la détention sans procès, au moins à Pékin. »
Alors pourquoi avoir accordé les JO à la Chine ? Officiellement le dossier de Pékin a été jugé plus abouti que ceux de ses principaux adversaires, Paris et Toronto. Jacques Rogge, actuel président du CIO dit avoir un grand défi qui est « d’arriver à ce que les Jeux influencent l’évolution de la Chine dans le sens que beaucoup d’observateurs désirent. » Selon lui, « les six années de préparations ont eu un impact positif dans des domaines comme l’éducation, la réglementation des médias et les standards d’environnement. » Quant à la volonté de boycott de la part de certaines associations telles que Reporters sans Frontières, Jacques Rogge dit comprendre le souci qu’elles développent. Il ajoute néanmoins que « les Jeux ne peuvent être q’un catalyseur pour un dialogue constructif dans une transformation complexe et sensible qui s’effectue dans un temps restreint. »
8 000 morts chaque année
Pour cela, il faut que la Chine accepte un dialogue. A l’aube des JO, le service de communication de l’ambassade de Chine basé à Paris reste muet sur le sujet. Si le pays écoute les conseils des grandes nations, il paraît n’en faire qu’à sa tête. Nation exécutant le plus grand nombre de personnes chaque année avec pas moins de 8 000 morts, dont de nombreux Tibétains, elle pratique également la détention administrative. La « rééducation par le travail » est fixée arbitrairement par la police, sans inculpation, sans procès ni contrôle d’une autorité judiciaire ! Cette méthode sera d’autant plus pratiquée durant les JO face à des « comportements délictueux » tels que la mendicité ou le vagabondage... Le gouvernement surveille également l’ensemble de l’information, y compris sur internet. Le traitement des médias est inquiétant à la veille des JO. Selon un rapport d’enquête réalisé par Reporters sans Frontières, « la Chine est le seul pays qui compte des dizaines de milliers de cybercenseurs et de cyberpoliciers ». Ces derniers « sont impliqués dans l’arrestation de plusieurs centaines d’internautes et de cyberdissidents au cours des dix dernières années ».
« Inacceptable »
« Politiquement, une grave erreur ; humainement, une bassesse ; juridiquement, un crime. » Ce cri poussé par le dissident russe Vladimir Boukovski lors des JO de Moscou en 1980 peut être actualisé à la situation chinoise. La charte olympique stipule que le sport doit être mis « au service du développement harmonieux de l’homme, en vue d’encourager l’établissement d’une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine. » Ce message ne semble pas atteindre le président Hu Jintao. Vice-président en 2001, il avait déclaré qu’il est « primordial de lutter sans équivoque contre les activités séparatistes orchestrées par le dalaï-lama et les forces antichinoises dans le monde. » Ce même dalaï-lama qui « ne souhaite pas le boycott des JO et espère que l’événement profitera à la Chine pour le bien de tous » selon Wangpo Bashi, secrétaire du Bureau du Tibet à Paris. Pire encore, la flamme olympique passera par Taïwan et le Tibet. Ces deux régions opposées au pouvoir chinois jugent « inacceptable » le passage du relais de la flamme olympique sur leurs territoires. Selon Tsai Chen-Wei, président du Comité Olympique de Taïwan, « les autorités de Pékin tentent de faire du relais un circuit national et de ce fait cela contribue à rabaisser notre statut. C’est totalement inacceptable. » La Chine prépare donc ses JO en ne se souciant que de son propre intérêt.
Expulsions en masse
Bien que la population chinoise se règle petit à petit à l’heure des Jeux Olympiques, certains doivent parfois se soumettre à la volonté du gouvernement chinois. La construction des sites olympiques a causé de nombreuses expulsions qui, en plus d’être forcées, ne permettent pas de toucher des dédommagements suffisants. Les contestataires font l’objet de poursuites, de harcèlement et d’incarcération. Cette vision dictatoriale de la Chine s’oppose totalement aux droits fondamentaux réclamés par de nombreuses associations. Selon RSF, « le gouvernement chinois se refuse à agir pour garantir la liberté d’expression et respecter les valeurs humanistes contenues dans la Charte olympique, et cela malgré l’approche d’un événement comme les Jeux Olympiques. »
Il y a tout à y perdre selon certains, ou tout à y gagner selon d’autres. Mais une chose est sûre. Quoique nous réserve Pékin 2008, ces Jeux Olympiques seront uniques et sources de nombreuses réponses quant à la politique de la Chine tant sur le plan national qu’international.
La beauté du sport ne doit pas être ternie par les velléités politiques d’un pays. Evénement incontournable du sport, les Jeux Olympiques doivent ressortir grandis de l’épopée Chinoise, comme le stipule la devise olympique « plus vite, plus haut, plus fort. »